

Qu'on imagine un viking plus vrai que nature, étouffant dans notre siècle de pinasses. Un fou des côtes atlantiques où, jeune, il dériva sur des espérances hauturières, et qui échoua, voilà une trentaine d'années, allez donc savoir pourquoi, dans la Creuse.
Un personnage d'excès et d'exception, parce que toujours mordu au sang par une sombre nostalgie d'être et de n'être que lui-même, par le désir d'une perfection qui rendrait leurs vérités premières, enfin réconciliées, à ses références, par une fougue élémentaire, basique, que diable merci ! il ne parvient jamais à juguler, par l'urgence, aussi, d'être aimé malgré ses poses de sanglier que ses amis savent solubles à la moindre chaleur.
Il chevauche l'utopie d'un univers où tout aurait l'audace, l'évidente, souveraine et aventureuse beauté, le mouvement surpris, saisi et cependant libéré, de sa peinture.
Parce qu'il est peintre, figurez-vous, et de grande magnitude...
Et c'est ainsi qu'on le voit se battre contre l'absolue obscurité du ventre des pierres afin d'en accoucher de paisibles solitudes d'un bleu incomparable. Il se bat, aussi, contre la hautaine indifférence des végétations aux ambitions océanes, de nos landes, de nos halliers, de nos forêts, de nos puys, contre cette formidable absence, en somme, dans laquelle nous engluent ces campagnes oubliées.
C'est Sisyphe s'acharnant sans cesse à faire revivre la tapisserie que Pénélope, lasse d'attente, aurait abandonnée...
Gérard Desplanques est la vigie déchirée de ce qui perdure, ici, de l'Eden. c'est assez affirmer qu'il est de demain.
B. Blot - 10/02/07

